Les Gnaouas ou Gnawas sont, uniquement pour une partie d'entre eux, des descendants d'anciens esclaves issus de populations d'origine d'Afrique noire (Sénégal, Soudan, Ghana...). Le terme Gnawa identifie spécifiquement des Marocains, et la grande notoriété internationale des Gnawas du Maroc a imposé le nom Gnawa à leurs homologues du Maghreb. Il furent amenés par les anciennes dynasties qui ont traversé l'histoire du Maroc et en partie celles de l'Algérie et de la Tunisie, en commençant par l'empire Almohade, pour les travaux et les bâtiments des palais et le renforcement des armées (garde noire reprise par les dynasties marocaines suivantes). La constitution en confréries des gnaouas à travers le Maroc s'articule autour de maîtres musiciens (les mâallems) et/ou de rituel, des joueurs d'instrument (quasi exclusivement les qraqech (ou qrâqeb) – sorte de crotales – et le gambri), des voyantes (chouaafa), des médiums et des simples adeptes. Ils pratiquent ensemble un rite de possession syncrétique (appelé lila au Maroc, diwan en Algérie) où se mêlent à la fois des apports africains et arabo-berbères et pendant lequel des adeptes s'adonnent à la pratique des danses de possession et à la transe.
Le festival d'Essaouira au Maroc est un haut lieu de rassemblement annuel de ces confréries ou écoles.
Musique
On parle de musique Gnaoui ( masculin singulier) Gnaouiya (féminin singulier) ou tagnaouite ( appellation berbèro-marocaine) . Gnaoua écrit aussi Gnawa est la forme plurielle.
Avec le tourisme important et les échanges artistiques entre le Maroc et l'Occident, La musique gnawa s'internationalise grâce des influences extérieures au Maghreb, pensons aux musiciens tels que Bill Laswell, Adam Rudolph, et Randy Weston, qui font souvent appel à des musiciens gnawas dans leurs compositions.
Les rituels gnawa portent une part de mystère et les entrées aux soirées thérapeutiques sont confidentielles. Au Maroc, le premier enregistrement de musique gnawa sera réalisé sur cassettes audio en 1975.
Cette musique Gnawa enrichit les autres musiques au Maroc (dont le Rap marocain), dans le monde ( fusion Jazz-gnawa, blues-gnawa, reggae-gnawa.....) et dans le Maghreb celle produite par des artistes franco-maghrébins (comme Gnawa Diffusion ou l'orchestre national de Barbès).Ainsi de grands standarts de la musique Gnawa comme " Allah Allah Moulana " se retrouvent dans de nombreuses compositions.
Pour des raisons financières, ces Gnawa du Maroc (qui ne sont pas tous des maalems c'est à dire des maitres musiciens ou de cérémonie) sortiront du rituel afin de présenter leur musique à un public marocain plus large ; s'inspirant de troupes acrobates ( auxquelles les marocains prêtent des pouvoirs) que l'on peut voir en particulier place Jemmaa el Fna de Marrakech ou dans les Moussem, ils vont développer et inventer des acrobaties (qui ne font pas partie du rituel) et enrichir leur tenue vestimentaire (habits chatoyants et coiffe avec un long pompon sur lesquels sont cousus des gris-gris ou petits coquillages blancs) afin d'attirer, amuser et distraire le public. En dehors d'Essaouira et avant leur renommée, Ils furent longtemps pris pour des amuseurs public.
Au Maroc uniquement , la musique Gnaoui est également représentée depuis peu par des groupes de femmes d'Essaouira (appelée Mqadamate féminin de maâlem). Leur musique se fait avec des Darboka, des plateaux en métal et parfois des Crakeb mais sans le Gambri à ce jour. Leur tenue ressemble à celle des hommes et leur danse est de forme conforme à celle du rituel.
La notoriété musicale de la musique Gnawa du Maroc ( voir musique marocaine) sort de l'ombre son équivalente algérienne (la musique Diwane dite Gnawa d'Algérie) qui connaît depuis peu un regain d'intérêt (voir musique algérienne).
Il faut espérer que les festivals d'Essaouira et de Béchar auront lieu dans tous les pays où ce genre musical existe. En Tunisie, cet art ganwa-Stambali semble bien porté par la population alors qu'en Égypte, la musique gnawa-Zar semble mourir. En Libye, aucune production de musique "sambali" ne nous arrive.
En acceptant l'existence de ce genre musical , les pays du Maghreb reconnaissent enfin la part africaine de leur culture et ouvre la porte d'un passé esclavagiste avec tous les sujets tabous qui l'accompagne.
Les puristes marocains du genre musical craignent une dénaturalisation du style dûs à des objectifs commerciaux parfois considérés comme excessifs ; d'autres applaudissent cet intérêt des artistes internationaux pour ce genre musical qui sort des frontières du Maroc ( et donc du Maghreb ) permettant ainsi aux artistes Gnawas une notoriété et une reconnaissance internationale ainsi que de meilleures perspectives financières. Des artistes comme Hassan Hakmoun, par exemple, organisent à grande échelle des spectacles pour touristes.